"En un an, le cumul des mesures a décuplé le sentiment d'injustice": le front commun élargi sous les fenêtres du Parlement wallon"
À l’occasion de la manifestation organisée à Namur contre les mesures d’austérité annoncées en Wallonie et en Fédération Wallonie-Bruxelles, la FGTB, la CSC et le secteur associatif se sont retrouvés dans les rues de la capitale wallonne ce mardi 17 juin.
Les inquiétudes portent notamment sur les réformes touchant l’emploi, les services publics, le secteur associatif, le logement ou encore l’accès aux droits.
Pour Christine Mahy, secrétaire générale et politique du Réseau Wallon de Lutte contre la Pauvreté, ces différentes mesures doivent être analysées ensemble. « Parce que tout se tient. Quand on affaiblit les droits, quand on s’en prend à l’articulation des systèmes, à leur agencement – les associations, le service public, les syndicats, les mutuelles, etc. – tout se fissure, partout« .
Pour le RWLP, c’est aussi un changement de regard sur les droits. «Un droit ne serait plus un droit, mais un privilège. L’État vivrait au-dessus de ses moyens et une partie de la population serait en permanence suspecte d’abus. Beaucoup ne mériteraient pas l’accès à des droits fondamentaux. C’est l’idée qu’on inocule dans la société. Et c’est extrêmement grave.»
Les effets de ces changements sont déjà perceptibles sur le terrain. « Le nombre de demandes d’aide sociale est tellement important qu’on en vient à ajouter des conditions ou à réduire les montants. Des travailleurs sociaux se disent mal à l’aise, parce que la réponse se situe sous les besoins. »
Même constat dans le logement. « Des acteurs du logement public, qui avaient un niveau d’impayés très bas, voient la courbe augmenter. Des locataires pouvaient payer. Ils ne peuvent plus. Les expulsions pour incapacité de paiement augmentent. Ce n’est pas encore chiffré. Mais ça se voit déjà. »
Christine Mahy pointe également la remise en question de certains acquis sociaux, comme la gratuité des repas scolaires. « Ça a pris 10 ans avant de l’obtenir, cette gratuité. » Une mesure qui, selon elle, agit sur de nombreux leviers : « la santé, le portefeuille, l’apprentissage ». Là encore, « derrière cette gratuité, tout se tient ».
Si les difficultés existaient déjà auparavant, la situation se dégrade davantage. « Il y avait évidemment déjà des gens en situation de « sous-droits » pour l’accès à l’emploi, au logement, à un enseignement qui réussit avec tous. Mais aujourd’hui, à force de sanctions, de contrôles renforcés, de réduction des subsides pour les acteurs de terrain, on complique encore la situation pour cette population ».