Retour sur les exigences d’une recherche participative en éducation permanente
une analyse en éducation permanente par Christine Mahy, Jacqueline Fastrès et Jean Blairon

Le décret relatif au développement de l’éducation permanente dans le champ de la vie associative a, en 2018, introduit dans le cadre de son axe 3 une nouvelle forme de production : la recherche participative. Sa visée recouvre parfaitement cette définition du sujet (en l’occurrence de groupe) portée par Alain Touraine, puisqu’elle nécessite que toutes les étapes, de la conception à la mise en débat dans l’espace public, soient débattues et décidées avec la participation du groupe concerné.
RTA, en étroite collaboration avec le RWLP, a réalisé, en 2023, une première recherche participative sur le thème de la signification sociale de l’argent, intitulée « Mémo sur l’argent des pauvres ». Nous avons souhaité faire état des exigences particulières qu’une « recherche participative » comporte, par rapport à d’autres types de recherches ou d’études. Ce sont ces exigences et l’interprétation réflexive que nous en avons construite que nous essayons de partager dans cette analyse.
En effet, nous trouvons que la dimension participative peut faire l’objet d’un abaissement du seuil d’exigence défini dans l’arrêté (par exemple lorsqu’on fait équivaloir automatiquement recherche-action et recherche participative) ou être voilée par une relation idyllique ou magique de l’expérience, comme si la construction collective de savoirs pouvait être garantie par la seule décision d’y procéder, décision qui peut elle-même constituer une manifestation de condescendance de la part des professionnels de la recherche.
C’est la raison pour laquelle nous avons tenté de repérer les types d’épreuves qu’une telle expérimentation doit s’imposer pour passer la barre de la recherche réellement participative.
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! Une nouvelle recherche participative est en cours, sur le thème de l’alimentation
RTA, le RWLP (Témoins du vécu militants, Facilitateurs en prévention des inégalités, employées) et la coopérative Paysans-Artisans. L’objectif était d’investiguer la question du droit, pour des personnes en situation de pauvreté, à une alimentation saine, locale et solidaire, et pour des artisans et producteurs locaux réunis en coopérative dans le namurois (en l’occurrence Paysans-Artisans), de rendre leurs produits accessibles à d’autres consommateurs que ceux qui leur sont habituellement assimilés à leur corps défendant, c’est-à-dire les « bobos », tout en leur assurant un revenu décent. Les participants du RWLP bénéficient d’une carte de réduction de 50 % sur les produits vendus dans les magasins Paysans-Artisans, pour un montant maximum et pour une durée déterminée.
L’objectif était de tenter de rendre compte des conditions de fonctionnement d’un tel projet associatif et solidaire, situé politiquement entre la sécurité sociale de l’alimentation pour tous (y compris pour ceux qui n’en n’ont pas besoin) et les solutions de type caritatif, eux-mêmes subdivisés en catégories de « méritants ».
La recherche trouvera son terme par une restitution dans l’espace public le 17/10/2025, à l’occasion de la journée mondiale de lutte contre la pauvreté.
Au rythme d’une réunion par mois en moyenne, nous en sommes arrivés, en février 2025, à faire une évaluation intermédiaire de la recherche.
Lors des réunions mensuelles, divers thèmes étaient abordés : l’usage de la carte de réduction et la manière de vivre ces achats par les participants ; une découverte de la coopérative et des producteurs ; des partages sur le vécu culturel de cette alimentation nouvelle, y compris partage de recettes et dégustations à l’aveugle ; des questionnements sur les aspects financiers et économiques, etc.
Lors de la réunion d’évaluation intermédiaire, ces éléments épars, charriés au fur et à mesure de l’avancement, ont été classés, examinés et commentés, selon les cinq catégories suivantes :
– les questions économiques et financières autour de l’alimentation et de la gestion de la carte d’achat ;
– les métiers chez Paysans-artisans et leur découverte et compréhension ;
– la dimension des courses, en regard des anciennes habitudes ;
– les dimensions culturelles de l’alimentation ;
– le dispositif de recherche qui nous a menés jusque là et son organisation.
La suite a été décidée collégialement : les jalons sont fixés jusqu’à une première restitution à l’ensemble des TVM du RWLP, en juin.
La recherche s’en enrichira encore, jusqu’à sa diffusion dans l’espace public à l’occasion du 17/10.
Consulter les documents de présentation et premiers enseignements : https://www.intermag.be/recherches