"C’est un obstacle pour l’accès au travail et à la formation, mais aussi pour tous les autres besoins !"

Le leasing social, soutenu par l’Europe, pourrait permettre à certains ménages aux revenus modestes d’accéder à une voiture électrique pour un coût réduit. Expérimenté en France depuis 2024, le dispositif connaît un succès important, mais soulève aussi de nombreuses questions quant à son financement, son accessibilité et sa capacité à répondre réellement aux besoins des ménages les plus précarisés.

En Belgique, le dispositif commence également à s’imposer dans le débat politique. En Flandre, 14 organisations demandent notamment son intégration au Plan social climat régional. Du côté francophone, Ecolo propose une première expérimentation portant sur 10.000 véhicules, pour un coût estimé à 70 millions d’euros. À terme, le parti souhaiterait étendre le dispositif aux ménages gagnant moins de 4.000 euros brut par mois indiquait le député Gille Vanden Burre à La Libre.

 L’objectif serait de permettre à des ménages qui n’ont pas les moyens d’acheter une voiture, d’accéder à un véhicule électrique, dont les coûts d’utilisation sont généralement plus faibles.

Cette question est particulièrement importante pour les ménages précarisés, qui peuvent être fortement limités dans leurs déplacements. «C’est un obstacle pour l’accès au travail et à la formation, mais aussi pour tous les autres besoins: conduire les enfants à l’école, accéder aux soins de santé, faire les courses», énumère Christine Mahy, secrétaire générale et politique du Réseau wallon de lutte contre la pauvreté. «En Wallonie, les lieux de vie sont rapidement excentrés des nœuds de mobilité collective

Le leasing social présente toutefois plusieurs limites. Son financement à long terme reste incertain, notamment en raison de la dépendance aux fonds européens. «Chez nous, il y a cette tendance généralisée à prendre des décisions tant qu’il y a de l’argent européen. Et une fois que ce soutien prend fin, on arrête», regrette Christine Mahy.

Le dispositif pourrait également avoir du mal à atteindre les ménages les plus pauvres. Ceux-ci disposent souvent de peu de capacités d’épargne et pourraient notamment ne pas pouvoir racheter leur véhicule à la fin du contrat. «Pour les premier et second déciles de revenus, la capacité à épargner est très faible, voire nulle», souligne Christine Mahy.

Même lorsque le coût du leasing est réduit, l’accès à une voiture électrique peut malgré tout représenter une charge financière importante pour les ménages. À la mensualité du leasing peuvent en effet s’ajouter différents frais, comme l’assurance obligatoire, l’entretien, les éventuelles options ou accessoires, ainsi que les coûts liés à la recharge du véhicule. Pour certains ménages, l’ensemble de ces dépenses pourrait donc peser lourdement sur le budget et entraîner une hausse du taux d’endettement.

À l’inverse, le dispositif pourrait aussi profiter davantage aux ménages situés dans les tranches de revenus les plus élevées parmi les personnes éligibles, créant ainsi un effet d’aubaine. Comme pour certaines aides individuelles, les personnes les plus précarisées pourraient avoir davantage de difficultés à en bénéficier. «A l’instar des primes, ces aides individuelles passent généralement sous le nez des personnes qui sont le plus en difficulté, à moins d’investir beaucoup de moyens pour les accompagner prioritairement», relève Christine Mahy. Le risque est donc que le leasing social ne parvienne finalement pas à toucher en priorité les ménages aux revenus les plus faibles.

Tel que conçu en France et envisagé en Belgique, le leasing social s’adresse aux personnes qui ont un emploi.

Le RWLP estime que la mobilité ne doit pas être pensée uniquement à travers l’accès à l’emploi. «Le droit à la mobilité dépasse la seule finalité du travail.» Pour Christine Mahy, les potentiels millions d’euros injectés dans le leasing social pourraient plutôt servir à renforcer l’offre de transports en commun, à rendre les logements locatifs plus abordables dans les zones mieux desservies, à rapprocher les services, à revaloriser les salaires ou encore à rapprocher les entreprises des lieux de vie afin de réduire durablement la dépendance à la voiture.