"Noël sans cadeaux : 1 enfant sur 4 en Wallonie grandit dans la pauvreté"

Noël sans cadeaux : 1 enfant sur 4 en Wallonie grandit dans la pauvreté

En Wallonie, 1 enfant sur 4 grandit dans la pauvreté. Les parents sont dans l’incapacité d’offrir un cadeau à Noël. Christine Mahy, secrétaire générale du Réseau wallon de lutte contre la pauvreté, répond aux questions de RTL Info.

En Wallonie, 1 enfant sur 4 grandit dans la pauvreté. Les parents sont dans l’incapacité d’offrir un cadeau à Noël. Christine Mahy, secrétaire générale du Réseau wallon de lutte contre la pauvreté, répond aux questions de RTL Info.

Retrouvez le retranscription integérale de la prise de parole de Christine Mahy ici

Un enfant sur quatre grandit dans la pauvreté

Si on veut parler de chiffres, on va parler d’un enfant sur 4 à un enfant sur 5, mais on est plus proche d’un enfant sur 4 statistiquement qui, aujourd’hui, vit dans un ménage où les conditions d’existence sont extrêmement limitées, dans un ménage où on vit dans le trop peu de tout, le trop peu de droits. L’enfant en subit des conséquences, malgré la volonté des parents qui font tout ce qu’ils peuvent pour qu’il ne la ressente pas.

Ce sont des enfants qui manquent aussi cruellement de services complémentaires qui pourraient soulager les parents, des services externes où les enfants peuvent être pris en charge par moment dans la vie quotidienne, etc. Des services défaillants en nombre et en localisation.

Qu’est-ce qui explique cette précarité grandissante ?

La précarité grandissante, c’est la précarité, d’abord, du portefeuille des parents, qui sont confrontés aujourd’hui à des dépenses qui les dépassent. Et cela va croissant. Le logement coûte très cher, les coûts de l’énergie, de la mobilité sont importants. Les soins de santé qui, malgré une sécurité sociale solide chez nous et robuste, malgré tout, coûtent encore cher ; l’école qui n’est pas gratuite, et à certains endroits largement. Même si on a fait des avancées à travers un décret. Et puis, il y a le problème de l’accès à l’alimentation : il y a eu une inflation sur l’alimentation assez effrayante. En fait, le portefeuille des parents est vidé pour combler les besoins de la vie quotidienne, donc l’absolument nécessaire. Ils essayent de faire le mieux qu’ils peuvent pour consacrer de l’argent à leurs enfants. Ils savent bien qu’il faut de l’argent pour l’école, qu’il faudrait les soigner, qu’il faudrait des vêtements, qu’il faudrait des chaussures, etc. et ils n’y arrivent plus toujours, et donc ils sont amenés à passer par des lieux de donneries, de ressourceries, de magasins de secondes mains, etc. Ce qui en soi n’est pas un mal. Sauf que, lorsque c’est tout le temps et toujours, et que ça crée un différentiel dans la manière dont les enfants sont perçus à l’école, par des camarades, dans la vie quotidienne, lorsqu’il y a un regard qui est posé sur la famille qui est culpabilisant, la honte s’installe dans le ménage. Et les enfants, ce sont des éponges. Donc les enfants cherchent à la fois protéger leurs parents en ne leur en demandant pas trop, mais aussi en étant enfant et jeune qui ont des besoins et donc qui parfois, comme tous les enfants et les jeunes, ne mesurent pas bien les limites du cadre familial. Donc, tout ça est compliqué.

Grandir dans le trop peu de tout, lorsqu’on est enfant et jeune, c’est quelque chose qui atteint profondément. Parce que cela s’intègre à l’intérieur du vécu. On entend régulièrement des enfants qui disent à quel point ils ne veulent pas solliciter leurs parents parce qu’ils savent qu’ils ont des difficultés.

On connaît des jeunes qui s’expriment plus grands alors. Ils disent : ²moi, à 14, 15, 16 ans, j’ai pris des voies de traverse pour essayer de trouver de l’argent et donc j’ai parfois été dans l’illégalité parce que je voyais ma maman seule avec tous les autres plus jeunes que moi. Et j’avais décidé que moi, il fallait que je subvienne à mes besoins, et quels qu’en soient les moyens, avec toutes les conséquences qu’il peut y avoir. ²

Les causes à l’origine de la pauvreté, c’est aussi ne pas avoir un maillage de services en quantité, en gratuité aussi, suffisamment intense sur le territoire, qui peuvent être des services de soutien aux parents, soutien à la parentalité, mais aussi soutien à la soupape, quand on est mal logé, quand on n’a pas ce qu’il faut à la maison, etc. C’est agréable de pouvoir avoir un service qui va pouvoir accueillir l’enfant, etc.
Il manque de crèches, il manque de haltes garderies, il manque de lieux d’accueil de la petite enfance, il manque de maisons de quartier, etc. Il y a des endroits sur le territoire où c’est bien maillé. Il y a des endroits où il y en a beaucoup moins. Et puis, parfois aussi, c’est trop coûteux au regard du portefeuille.  (…)

Parfois c’est une spirale. Des parents qui vivent dans une pauvreté socio-économique intense, disent : ²moi, je ne veux pas que mes enfants soient perçus comme différents dans la société. Et donc, je ferai tout pour payer les voyages scolaires, je ferai tout pour que quand il lui faudra un ordinateur, il aura l’ordinateur. Je ferai tout pour qu’il n’ait pas l’air différent complètement dans ses vêtements, etc.² Mais alors avec une privation sur d’autres besoins absolument indispensables, très intenses. Souvent les parents négligent complètement leur santé par exemple. Les soins de santé, on réduit. On écrase l’alimentation à sa plus simple expression, et donc souvent en devant recourir à une alimentation de mauvaise qualité, parce qu’on n’a pas envie que pèse sur les enfants et les jeunes cette stigmatisation qui peut, en effet, leur coller à la peau. Donc ce n’est pas simple du tout.