Le RWLP était dans les rues de Bruxelles ce 3 décembre 2024 pour la marche pour le climat
Le Réseau Wallon de Lutte contre la Pauvreté était dans les rues de Bruxelles ce dimanche 3 décembre 2024 pour la marche pour le climat.
Le RWLP s’y engage car les enjeux climatiques et les inégalités sociales sont profondément liés. Défendre le climat sans tenir compte des réalités vécues par les personnes en situation de pauvreté, c’est prendre le risque d’aggraver davantage les injustices. A l’inverse, une transition écologique pensée avec et pour les personnes précarisées permet de réduire les inégalités tout en agissant directement sur la planète.
Pour le Réseau, les enjeux de mobilité, d’alimentation, d’emploi et de logement-énergie sont centraux. Aujourd’hui encore, les personnes disposant de faibles revenus subissent des inégalités et de la discrimination dans l’accès à des transports accessibles, à une alimentation saine et de qualité, à des emplois porteurs de sens et à des logements dignes et payables.
C’est pourquoi le RWLP a porté dans la rue, l’exigence d’une transition juste et d’un véritable pacte logement-énergie pour les portefeuilles les plus fragiles. Les politiques climatiques doivent devenir des leviers de justice sociale, en mettant en priorité les investissements publics là où les besoins sont les plus grands. Réduire les inégalités et la pauvreté, c’est aussi renforcer l’efficacité de l’action climatique.
Retrouvez ci-dessous la retranscription intégrale de la prise de parole de Christine Mahy
« Marcher pour le climat, pourquoi ?
Vous le savez sans doute déjà, si vous ne le savez pas vous l’apprenez aujourd’hui et il n’est pas trop tard pour s’organiser : dimanche 3 décembre 2024, c’est la grande marche nationale pour le climat. Cette marche nationale pour le climat est organisée par la Coalition climat dont font partie aujourd’hui le Réseau belge de lutte contre la pauvreté, les réseaux régionaux de lutte contre la pauvreté, donc le Réseau wallon de lutte contre la pauvreté également.
Pourquoi nous serons très nombreux avec les témoins du vécu militants, avec les associations et avec l’équipe du RWLP ? Parce qu’il y a un lien extrêmement intime entre les inégalités et les enjeux climatiques. Si on ne résout pas les problèmes sociaux que rencontrent les gens, au bénéfice du climat, si on s’intéresse uniquement au climat en faisant fi de la réalité des personnes qui vivent dans le trop-peu de tout et qui subissent des inégalités, on va aller vers plus d’injustice sociale. Or il est tout à fait possible de lier la résolution des problèmes sociaux à la résolution du problème climatique, ou en tout cas de contribuer à la résolution du problème climatique.
Au RWLP, on le sait, à travers la question de la mobilité. Il y a beaucoup d’inégalités en termes de mobilité pour les populations qui ont des portefeuilles plats, pour les populations qui vivent dans le trop-peu de tout, qui sont localisées sur des territoires variablement équipées en termes de mobilité, etc. On sait que si on règle ce problème d’inégalité sociale, ce sera au bénéfice du climat et donc de la réduction des inégalités pour les populations en situation de pauvreté, parce qu’il y aura une réduction du non-recours aux droits, puisque la non-mobilité conduit à toutes sortes de non-recours aux droits, et il y aura la possibilité de pouvoir se mouvoir sur le territoire, de façon collective, sans être stigmatisé comme étant un pollueur.
On le sait aussi au niveau de l’alimentation. On sait à quel point la population qui a peu d’argent s’alimente avec des produits qui ne sont pas de qualité. Pourquoi ? Parce que ces produits industriels sont ceux qui sont le plus souvent les plus accessibles financièrement, et parce qu’il est très difficile d’accéder à une alimentation saine. Alors, ce ne sont pas les producteurs qu’il faut accabler. Il est normal que des producteurs qui produisent de bonnes choses gagnent leur vie de leurs productions. Mais c’est le revenu des gens. Et c’est ce rapport entre consommation et producteur, absolument réunis, au bénéfice de la santé des gens. Parce qu’au-delà de pouvoir s’alimenter en toute autonomie, sans devoir aller tendre la main pour avoir des colis alimentaires, etc., il y a le fait que manger qualitativement, ce serait du gain et du bénéfice pour la santé des enfants, des jeunes, des adultes, etc. On sait que des solutions sont possibles.
On le sait aussi au niveau du type d’emploi créé. Les gens ont envie de travailler. Ils ont envie de travailler dans des engagements où ils sentent que la mission qu’ils ont à exercer va faire du bien à la société, à la collectivité, aux liens sociaux, au climat, à la mobilité, c’est-à-dire à des choses qui font les préoccupations quotidiennes de la population aujourd’hui et qui sont très importantes.
Et puis, le poids d’orgue et celui qu’on portera fortement dans le cadre de la marche pour le climat avec le Réseau wallon de lutte contre la pauvreté, le Réseau belge et les autres réseaux, c’est le lien intime entre le logement et l’énergie. Parce qu’aujourd’hui, le droit au logement n’est plus garanti. La marchandisation du logement, la non-régulation de la possibilité d’accéder à un logement parce que c’est le marché qui a pris la main sur la manière d’organiser le logement, parce qu’il n’y a pas assez de logements publics, conduit à la rareté du logement. Mais il se pourrait aussi que l’obligation de rénover des logements, l’obligation d’avoir des logements plus passifs, l’obligation de sortir des logements passoires, etc., se retournent contre les gens les plus précarisés. Parce que, si ces logements améliorés leur échappent, parce que les loyers s’envoleraient du fait de la rénovation qui aurait été organisée, et donc que la rareté augmente encore, ils seront les premières victimes d’une rénovation qui se jouera sur leur compte. Il est tout à fait possible de penser une rénovation qui soit au bénéfice des portefeuilles plats d’abord, que l’argent public serve à rénover le bâti le plus en mauvais état, qui est le plus souvent habité par les personnes qui ont un portefeuille plat. Ce serait au bénéfice de leur portefeuille, de leur qualité de vie et de santé, parce qu’alors on peut se chauffer correctement, etc., mais aussi au bénéfice du climat.
Résoudre les problèmes climatiques, c’est résoudre les injustices sociales, c’est résoudre les problèmes sociaux. L’un ne va pas sans l’autre, et la résolution des problèmes sociaux doit être le moteur de tout l’enjeu climatique. Si tous ceux qui ont la possibilité de bouger au plan climatique, sans être soutenus, parce que leur potentiel de patrimoine financier le leur permet, le font tant mieux. On ne souhaite que ça. Est-ce qu’ils doivent être aidés par l’État ? Peut-être, dans une proportion régulée. Mais en tout cas, l’argent public doit aller vers la rénovation massive du bâti de mauvaise qualité, au bénéfice des populations qui les habitent. C’est un enjeu très important.
On sera là, dimanche 3 décembre 2024,
- pour relier fortement ces enjeux sociaux aux enjeux climatiques,
- pour défendre un Pacte logement énergie pour les portefeuilles plats,
- avec l’intention d’essayer d’imposer ça pour les prochaines élections et dans les prochaines déclarations de politique régionale, fédérale,
- et de convaincre l’Europe également que le logement est une priorité, et que si le climat en est une, délier le logement de l’enjeu climatique, c’est une erreur fondamentale.L’Europe doit investir aussi dans ce sens-là, pour obtenir ces objectifs-là.
Venez nous rejoindre aux nombreux, on se retrouvera à proximité de la gare du Nord à midi pour préparer ce cortège, et puis pour marcher ensemble et faire valoir cette importance, pour que nous puissions tous continuer à vivre sur cette planète. Et n’oublions pas que ce qui sera fait au bénéfice des populations les plus fragiles à travers mobilité, alimentation, emploi et logement notamment, dans son lien à l’énergie, ce sera aussi au bénéfice des populations aisées et les plus riches, parce que la pollution, elle, ne s’arrête pas aux frontières des propriétés suivant leurs valeurs et leurs qualités. C’est pour tout le monde que les conséquences seront positives ou négatives. Donc il y a un intérêt collectif à aller dans ce sens-là, au bénéfice de la totalité des populations, mais en acceptant qu’il faut le faire par le biais de la réduction des inégalités. »