"Des CPAS sous pression"
Le 24 octobre 2026, Christine Mahy, secrétaire générale et politique du Réseau wallon de lutte contre la pauvreté, était l’invitée de l’émission radio « Libres ensemble » du Centre d’Action Laïque (CAL). Elle intervenait aux côtés de Sébastien Lepoivre, président de la Fédération des CPAS bruxellois et du CPAS d’Evere, ainsi que d’Olivier Jusniaux, directeur du CPAS de Charleroi. Tous trois ont échangé autour des réformes qui touchent actuellement les CPAS.
Créés en 1976 pour garantir à chacune et chacun le droit de vivre dans la dignité humaine, les CPAS célèbrent cette année leur 50e anniversaire. Pourtant, alors qu’ils sont appelés à devenir le dernier filet de sécurité pour une partie toujours plus importante de la population, leurs missions s’alourdissent et les exigences de contrôle se renforcent. Face à ces changement, les CPAS réaffirment la nécessité de préserver un véritable « pôle social » et les spécificités du travail social. « La proximité avec le citoyen doit rester au cœur du modèle. »
Pour Christine Mahy, les changements se font déjà sentir sur le terrain depuis janvier 2026, notamment avec les exclusions du chômage. Elle rappelle toutefois que ces changement ne datent pas d’hier et trouvent leur origine dans les positions prises depuis plusieurs mois par le gouvernement à l’égard des populations qui ont besoin d’accompagnement et de soutien.
Elle considère que les exclusions du chômage constituent l’une des manifestations les plus violentes de cette politique : « Elle est rapide et donc très violente. Très violente dans la destruction de ce que ça représente.
Parce que c’est sortir les gens de la sécurité sociale pour les conduire au CPAS, qui devrait normalement rester résiduaire. Donc ça veut dire qu’on atteint à la manière d’organiser l’Etat de façon solidaire en renvoyant les gens vers un endroit conditionné, qu’ils n’auront d’ailleurs peut-être pas.
Non pas parce que les CPAS vont choisir de le donner ou pas, mais parce que les législations en place font qu’un certain nombre de personnes sortiront avec zéro dans leur poche, parce que l’application du statut cohabitant, etc. »
Elle souligne également la violence exercée à l’égard des populations depuis le début du mandat de ce gouvernement. Elle prend notamment l’exemple de la défiance envers les personnes qui ont recours à l’aide sociale.
« Moi, je pense qu’il y a une première violence que subissent les gens depuis le début de ce gouvernement. C’est vraiment la violence de la défiance vis-à-vis d’eux. C’est-à-dire des profiteurs, des tricheurs, des gens qui se complaisent dans l’aide sociale, des gens qui passeraient la porte des CPAS avec grand plaisir. Et joyeusement, des gens qui, s’ils perdent leur travail et n’en retrouvent pas, en seraient très heureux.
Il y a donc un premier effet sociétal qui est cette défiance lancée dans la société qui conduit à de la concurrence entre les populations et comme les populations qui travaillent aujourd’hui n’ont pas facile non plus pour des tas de raisons, mais entre autres aussi, des décisions prises par ce gouvernement, et bien elle cherche un bouc émissaire. Donc il est très facile de dresser les gens les uns contre les autres. »
La deuxième forme de violence dénoncée par Christine Mahy concerne l’affaiblissement d’autres droits fondamentaux. En parallèle des exclusions du chômage et du renvoi des personnes concernées vers les CPAS, elle pointe plusieurs autres domaines dans lesquels les conditions de vie de la population se dégradent. Elle cite notamment la déstructuration systématique du travail, la qualité de celui-ci, les types de contrats proposés et les niveaux de revenus. Elle évoque également la politique du logement, le coût de l’enseignement, la diminution de l’enveloppe consacrée aux repas scolaires, les frais de mobilité et la santé.
Elle décrit ainsi les conséquences de cette accumulation de difficultés, qui fragilise davantage les populations et les pousse à solliciter les CPAS : « Donc vous avez une forme de défiance qui agresse la population en disant qu’elle est fainéante. Deuxièmement, on touche à tous les droits qui affaiblissent les gens. Et troisièmement, les gens doivent, évidemment, se rendre vers une institution pour les aider, s’ils sont éjectés de droits ou s’ils perdent des ressources à travers des droits etc.
Ils vont donc aller vers les CPAS qui sont sous tension totale, les chiffres qui explosent etc. »
Face à cette situation, Christine Mahy questionne la capacité des CPAS à continuer d’assurer un accompagnement adapté aux besoins de chacun. Elle s’interroge également sur la manière dont les personnes concernées peuvent encore se sentir considérées comme des citoyens à part entière, dans une société qui fragilise leurs droits et où les institutions sociales disposent de moyens insuffisants face à l’augmentation des demandes.
« Comment voulez-vous que dans un contexte comme ça, les gens puissent se sentir encore véritablement accompagnés dans la temporalité qui leur est nécessaire et qu’ils se sentent encore citoyens d’une société qui les prend en considération à travers les droits comme des citoyens honnêtes et sincères qui veulent contribuer à la société et dans des CPAS où les travailleurs sociaux font du mieux qu’ils peuvent mais quand on fait du mieux qu’on peut avec l’insuffisance des moyens et avec la quantité de gens qui débarquent, qui ne devraient pas se présenter au CPAS, et bien le mieux qu’on peut, ce n’est pas nécessairement le meilleur. »
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