« De quoi, pour le RWLP, Gaza est-il le nom ? »

Photo de Michel Wittek, lors de la manifestation pour la reconnaissance de la Palestine devant le Parlement Wallon, le mardi 19 août 2025.
« Pour le Réseau Wallon de Lutte contre la Pauvreté, le nom de Gaza est d’abord celui du refus de choisir une lutte plutôt qu’une autre ; c’est le nom du refus de découpler ce qui se passe ici de ce qui se passe là-bas.
Ce sont en effet les mêmes qui, ici, font payer aux plus démunis l’accroissement de la propriété et de la richesse des autres et acceptent, pour là-bas, le déchaînement de l’impérialisme le plus meurtrier.
Gaza est le nom de la capacité de nos militants de reconnaître que ce qui arrive à l’autre, c’est ce qui nous arrive à nous ; la capacité de reconnaître que les causes semblables (l’exploitation, le despotisme, la réduction des libertés) ne peuvent que produire des effets semblables, que ce soit ici ou là-bas.
 
Gaza est aussi pour nous le nom d’un tonitruant déni de l’histoire.
Beaucoup se sont émus lors de la vision du film La liste de Schindler, la liste des Juifs que sauva l’industriel allemand au mépris de son intérêt financier personnel. Pour l’équipe du RWLP, la liste, c’est aujourd’hui la liste des morts que consulte sans cesse, sur ses réseaux sociaux, leur collègue palestinien, scrutant jour et nuit si ceux de sa famille s’y trouvent désormais, incapable de se détacher de la communication permanente de l’irréversible. Avec nos nombreux amies et amis juifs, nous nous demandons ce que devient le concept de juste parmi les justes, dans le contexte de l’assassinat de masse de tant de civils ?
 
Lorsque le système nazi gaza le plus grand nombre possible de juifs y compris des juifs qui vivaient chez nous (et que des collaborateurs zélés conduisirent ainsi à l’extermination), nous nous écriâmes « plus jamais ça » ; n’ayant pas oublié, nous le redisons aujourd’hui.
 
Gaza est alors pour nous le nom du refus de l’oubli, de l’accommodation, de la duplicité, même lorsque le même se présente sous une forme apparemment inversée, même lorsque la victime d’hier s’arroge le droit de devenir un bourreau sans foi ni loi.
 
Gaza est aussi, potentiellement, le nom du renversement de toutes les valeurs qui font de nous ce que nous sommes : nous assistons suffoqués à la contestation des rapports objectivant la situation, à la contestation de la séparation des pouvoirs, de la liberté de la presse ; le corrompu accuse l’autre de corruption, le menteur professionnel accuse l’autre de mensonge systématique ; le coupable puissant discrédite le juge ou menace la presse qui fait vivre la démocratie qu’il est supposé incarner.
 
Le RWLP est inquiet du fait que Gaza puisse devenir le nom de la perte de légitimité de tous les acteurs du champ politique qui justifient d’injustifiables atermoiements à coups de sophismes et de formules. Combien de mois de pouvoir suffisent-ils pour que paraisse excusable le désengagement par rapport aux valeurs proclamées, si ce n’est par rapport aux promesses faites, même celles qui sont contenues dans les Déclarations de politique régionale et communautaire ?
 
Même la famine et la mort semblent aujourd’hui pouvoir être niées (ne mange-t-on pas bien, au fond, dans les restaurants palestiniens ?) ; la science semble pouvoir être manipulée (les rapports défavorables au pouvoir sont décrétés biaisés, on limoge leurs auteurs) ; le mensonge public semble pouvoir se généraliser, l’hypocrisie politique prospérer (fût-elle assortie de larmes, de saignements du coeur, ou de formules choc qui détournent l’attention).
 
Gaza est aujourd’hui le nom obscène de tous ces renoncements, mais aussi le nom de la perte potentielle de légitimité de ceux qui, responsables, ne cessent d’appeler à ce qu’ils appellent la responsabilité des autres, soit l’acceptation par eux-mêmes de l’auto-mutilation.
 
Mais bien au-delà, pour nous, Gaza est et sera le nom du refus fier de l’abandon et du refus de la solidarité, le nom de l’affirmation de la cohérence nécessaire entre les mots et les actes, dût-elle occasionner des démissions de postes à responsabilité ou des fins de participation à des majorités abjectes.
 
Pour nous qui, soumis à la pauvreté et à la privation dans la durée, qui perdons chaque jour du pouvoir de vivre du fait des puissants, Gaza est et sera le nom de la dignité réaffirmée et du combat. »
 
Christine Mahy, secrétaire générale et politique du RWLP
 
La prise de parole de Christine Mahy du 19 août devant le parlement à Namur a été captée par Damien Capart, témoin du vécu/militant, et a été l’inspiration de l’écriture de ce texte.