« Au moment de l’adoption de cette loi, on était dans un enthousiasme incroyable ! »

À l’occasion des 50 ans de la loi organique des CPAS, Christine Mahy, secrétaire générale et politique du Réseau wallon de lutte contre la pauvreté, rappelle que cette loi allait permettre « la disparition de la pauvreté ou, en tout cas, sa réduction ». Elle estime cependant que si la loi reste pertinente, elle ne peut à elle seule lutter contre la précarité. Comme elle l’explique : « Au moment de l’adoption de cette loi, on était dans un enthousiasme incroyable », évoque-t-elle. « On se disait que ce texte allait permettre la disparition de la pauvreté ou, en tout cas, sa réduction. Aujourd’hui, le constat est plutôt celui d’une aggravation des conditions d’existence. Est-ce que ça veut dire que la loi organique n’était pas bien pensée ? Non. Elle avait un rôle à jouer, mais elle n’est pas la seule. Il y a toutes sortes d’autres politiques publiques qui existent et qui font que les gens vont avoir plus ou moins de droits, plus ou moins de moyens… »

Selon Christine Mahy, les CPAS sont progressivement devenus les institutions qui récupèrent les dysfonctionnements de l’ensemble des politiques publiques. Le désinvestissement dans le logement public, la hausse des loyers, le durcissement de l’accès à certains droits sociaux ainsi que l’évolution du marché du travail ont conduit davantage de personnes à s’y adresser, alors qu’ils avaient été conçus comme un dernier filet de sécurité. Pour elle « le CPAS est aussi devenu le pompier de toutes les crises », notamment lors de la pandémie de Covid-19 et de la crise énergétique.

Elle s’inquiète également des conséquences de la réforme du chômage, qui augmentera encore le nombre de bénéficiaires et réduira le temps que les travailleurs sociaux peuvent consacrer à chacun. Comme elle le souligne, « le danger, c’est l’accentuation quantitative » et « les travailleurs sociaux ont de plus en plus de dossiers à traiter et moins de temps avec les usagers ». Or, elle rappelle que les situations sont souvent très complexes et demandent du temps pour instaurer une relation de confiance. Elle critique également une gestion de plus en plus administrative de l’aide sociale et des financements fondés sur des objectifs chiffrés, estimant que « l’aide sociale, ça ne fonctionne pas comme ça ».

Christine Mahy plaide pour un retour à la mission initiale des CPAS, c’est-à-dire un « CPAS résiduaire », avec un renforcement des politiques structurelles comme le logement, l’emploi et la sécurité sociale. Elle propose notamment d’automatiser l’octroi du revenu d’intégration sociale afin d’éviter que les bénéficiaires aient à « déshabiller leur vie » pour y avoir accès et de laisser plus de temps aux travailleurs sociaux pour accompagner les bénéficiaires. Selon elle, les évolutions actuelles privilégient trop le contrôle et la gestion de la survie, alors que les CPAS devraient avant tout contribuer à lutter durablement contre la pauvreté. Elle regrette d’ailleurs que « Ça fait quand même longtemps, malheureusement, que dans les CPAS, on gère la survie et, sauf exception, on ne fait pas sortir de la pauvreté. »