"Meilleurs droits 2025"

À l’occasion de la nouvelle année, il est de coutume de se souhaiter le meilleur. Ce sont de « meilleurs droits à tous les citoyens et toutes les citoyennes » que nos vœux formulent.

Les témoins du vécu militant·es qui s’investissent au Réseau wallon de lutte contre la pauvreté vous présentent de « meilleurs droits 2025 », par l’intermédiaire d’un ensemble de courts souhaits filmés. Ils résument l’importance d’être accueillis par des humains dans les services ; de la sécurité sociale ; d’un enseignement qui réussit avec tous ; … Ils expriment des droits moins souvent évoqués : le droit à l’oubli et celui de rebondir, de retrouver de la confiance, ainsi que le droit – et le devoir, disent certains d’entre eux – de défendre et de restaurer les droits de toutes et tous. 

Retrouvez leurs souhaits via la page Facebook du RWLP ou en cliquant sur les images ci-dessous.

Ces vœux donnent le ton de la mobilisation au RWLP pour l’année à venir.

Faciliter le recours aux droits – si souvent mis à mal quand on vit dans le trop peu de tout – constitue une des manières de lutter contre les inégalités et de réduire l’appauvrissement.  Se mobiliser autour du « droit à l’aisance », également. Souhaiter le « droit à l’aisance » dit un essentiel aux yeux des témoins du vécu militantes et militants : que les droits vitaux (logement-eau-énergie, alimentation, enseignement, mobilité, services à la petite enfance, santé, etc.) ne soient plus une inquiétude permanente.

Retrouvez la retranscription complète du discours de Christine Mahy

« Meilleur droit 2025

Meilleur droit 2025, c’est ce que l’ensemble des témoins du vécu militants, des facilitateurs en prévention des inégalités, de l’équipe du Réseau souhaite à tout le monde.

Alors vous allez dire, meilleurs vœux, meilleur droit ? Est-ce que ça veut dire la même chose ? Meilleurs droits 2025, chez nous, ça s’impose. Ça s’impose de le dire comme ça. Parce qu’on est dans une période de turbulence, parce qu’on est dans une période complexe, parce qu’on est dans une période extrêmement insécurisante, à la fois dans ce qui se passe dans notre pays, à la fois dans ce qui se passe dans notre Région wallonne, à la fois de ce qui se passe au niveau environnemental et à la fois avec ce qui se passe dans le monde.

Alors, meilleurs droits 2025, c’est vouloir que les populations qui sont en perte de droits, que les populations qui n’ont pas encore été rencontrées dans leurs droits, le soient. Et donc c’est inviter tout le monde à ce combat-là, au bénéfice de l’ensemble de la société. On n’a pas envie de le faire parce qu’il y a des populations qui devraient être mieux considérées que d’autres. Mais aujourd’hui, il y a des populations qui sont déconsidérées par rapport à d’autres. Et il y a un besoin évident de dire que par les droits, on doit créer les conditions de l’égalité.

Les conditions d’égalité, elles seront bénéficiaires pour tout le monde. Elles seront bénéficiaires pour les plus pauvres, elles seront bénéficiaires pour la classe moyenne et elles seront bénéficiaires même pour les plus riches parce qu’on a besoin d’une société apaisée. À un moment où la démocratie est mise en danger de façon significative partout, partout en Europe, partout dans le monde et chez nous, on a besoin de créer ces conditions d’égalité parce que la traversée de la vie le mérite, parce que quel est le sens de l’existence, si ce n’est de pouvoir la vivre collectivement le plus décemment possible, en respectant notre environnement pour que cette planète soit encore habitable et en respectant les droits des gens pour que, eux, puissent exister avec sérénité, se projeter dans un projet de vie, être participatifs à créer cette société collective.

Pour cette année et les années suivantes, on veut un recours aux droits qui soit effectif. Aujourd’hui c’est très compliqué d’accéder à ces droits. Ça s’est complexifié. Il a des empêchements et trop peu de financement parfois : des enveloppes sont vides trop tôt dans l’année. On veut que tout ça soit intensifié.

 

Le droit à l’aisance

Un recours aux droits revêt toute une série d’aspects. Et les militants ont eu envie à un moment donné de le définir : ils parlent du droit à l’aisance. Alors le droit à l’aisance, on pourrait se dire ²quel mot ! Il convient à ceux qui seraient les possédants, etc². Mais ce n’est pas du tout ça que les militants veulent dire. Le droit à l’aisance, pour les témoins directs militants, c’est le droit à ne plus avoir peur tous les jours, c’est le droit à ne pas avoir d’angoisse tous les jours, c’est le droit à ne plus avoir une boule dans l’estomac tous les jours, c’est le droit à ne pas avoir des maladies physiques, un ulcère d’estomac et d’autres choses parce que la vie vous mine. Pourquoi est-ce que la vie peut vous miner ? Parce que quand vous êtes dans le trop peu de tout, dans le trop peu d’accès à toutes les richesses, les richesses matérielles mais aussi les richesses immatérielles, vous êtes en préoccupation, en angoisses, en peur permanentes. Et vous savez que vous êtes en danger permanent, dans l’existence. Donc le droit à l’aisance, c’est de reconstituer des droits pour lesquels d’évidence les populations ne devraient pas se battre.

Le droit au logement, à l’alimentation, à la santé…

Le droit au logement est le premier droit pour lequel la population ne devrait pas se battre. C’est une évidence qu’habiter quelque part de façon paisible, sans s’endetter parce que c’est trop cher, sans être malade parce que c’est insalubre etc, ça fait partie de construire le droit à l’aisance.

Le droit à l’alimentation, pouvoir s’alimenter sans nécessairement devoir passer par des colis alimentaires parce qu’on a ce qu’il faut dans le portefeuille.

Le droit à la santé, santé physique, santé mentale, la prévention etc : quelle injustice de ne pas avoir droit à la santé de façon décente, correcte, au moment où il faut dans la vie ! S’il y a bien une inégalité entre les personnes, c’est la santé. Ce sont aussi les conditions de vie qui vont faire qu’on a une bonne ou une mauvaise santé. Si on est mal logé, si on ne sait pas bien s’alimenter, si on est stressé tout le temps, si on a peur d’aller négocier avec l’école parce qu’il va falloir demander d’échelonner un paiement, si le digital nous envahit au point de ne plus savoir faire ses papiers soi-même et d’avoir notre vie qui nous échappe en devant la confier à des techniciens qui servent mieux que nous ou à des associations qui sont obligées de nous remplacer dans notre droit, dans ces conditions, on ne peut pas rencontrer le droit à l’aisance, l’apaisement.

Si l’enseignement ne réussit pas avec tous les enfants, si l’enseignement coûte trop cher au point de créer des phénomènes de discrimination, d’intrusion aussi dans la vie familiale qui posent un regard jugeant les familles et leur organisation, on ne peut pas accéder au droit à l’aisance. Et donc on va défendre le droit à l’aisance et ça fera partie de nos meilleurs droits 2025, exactement comme le recours aux droits.

Le droit de défendre ces droits

Aujourd’hui il va falloir combattre pour avoir le droit de défense de ces droits, des droits collectifs, des droits sociaux, mais également ces droits individuels. Parce qu’en effet, aujourd’hui on est beaucoup plus sur une société qui donne l’impression que les personnes devraient s’en tirer toutes seules, que la responsabilité individuelle est la réponse pour la sortie de la pauvreté. Alors qu’en général, ce sont les droits que l’on ne possède pas et les droits qu’on ne peut plus défendre qui mettent en difficulté. Donc, on doit défendre le droit à défendre ces droits et ça fera partie de nos meilleurs droits 2025.

Le droit à se refaire

On peut se tromper dans la vie, on peut déraper dans la vie, on peut commettre une erreur, une faute, on peut s’être fourvoyé en faisant un choix qui est complètement décalé par rapport à son existence. Et ça s’accompagne de conséquences financières, humaines, affectives, d’effets sur sa propre santé physique, mentale, etc. Mais quand on s’est trompé, quand on a commis une faute, la manière dont une société doit permettre à la personne de rebondir, c’est de l’accompagner dans le rebondissement, d’offrir des perspectives sur le fait de se dire ²je ne suis pas enfoncé dans l’erreur et on ne va pas me voir uniquement par ce prisme-là². ²Je n’ai pas à être réduit à la faille que j’ai connue, que j’ai vécu ou qui m’a rattrapé ou que j’ai provoquée. Je suis un être humain en totalité qui a eu une vie avant, qui aura encore une vie après, et donc comment les droits m’accompagnent pour me refaire ? Me refaire une santé, une vie sociale, un portefeuille, des conditions d’existence décentes… ²

Proposer des solutions, défendre les biens communs

C’est l’ensemble de tout ça, nommé nos meilleurs droits 2025. On est une collectivité où il est question de réduire les inégalités absolument et de se demander comment faire ensemble pour réduire ces inégalités. Il y a aujourd’hui trop de pouvoir dans les mains des possédants et dans les mains des sachants qui écrasent toute une partie de la population. Et pourtant cette population écrasée, elle a beaucoup de savoirs, elle a des compétences. L’expérience de la vie donne des compétences. Et elle dit : ²on veut être dans la barque pour proposer des solutions, pour proposer des réponses, pour mener ce combat collectif. On a envie que les biens communs, notre sécurité sociale commune, notre environnement commun nous permettent tous ensemble d’exister et de donner de la perspective. Pour nous-mêmes, pour les enfants et pour l’avenir².

C’est tout ça nos meilleurs droits 2025. Alors embarquez avec nous ! Montez dans la barque, dans des barques ! Formons des flottilles et allons-y ! Osons, soyons audacieux pour défendre ces meilleurs droits 2025. »