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Des femmes, des hommes, des enfants, des familles s’usent d’user leur vie juste pour survivre ! Une société qui organise cela est une société assassine.

Un jeune SDF de 30 ans meurt parce qu’il est arrivé trop tard à l’abri de nuit, parce qu’il a trop consommé, parce qu’il était seul, … parce que, parce que, parce que…

La ville de Liège sanctionne les mendiants, parce qu’il y en a trop, parce qu’ils sont trop insistants, parce qu’ils ont consommé, parce que ça fait désordre, … parce que, parce que, parce…

La ville d’Anvers verbalise les personnes qui prennent des choses dans les poubelles, parce que ça ne se fait pas, … parce que, parce que, parce que, parce que…

Des demandeurs d’asile sont bafoués dans leur droit et certains meurent, de retour au pays…

Des enfants chez nous vivent dans la rue et dans les gares hier, aujourd’hui, maintenant…

Je ne sais pas vous, mais moi aussi ça me dérange de croiser de plus en plus de personnes SDF, de plus en plus de personnes qui mendient dans la rue ! Des hommes, des femmes, des familles, des enfants, des belges, des jeunes, des vieux, des malades, des costauds, avec un chien, seul, de nationalités diverses, en petit groupe, bourrés ou pas, enlaidis ou pas, de couleurs différentes, propres ou puants…Et pire, parfois on tombe sur quelqu’un qu’on connait, qu’on a connu… et c’est le choc de plus ! Miroir de cette société qui produit cet état de fait… et si j’étais plus fragile un jour aussi, et si ça me pendait au nez ! J’ai mal à eux, j’ai mal à moi. J’ai peur pour eux, j’ai peur pour moi.

Certains tentent de s’enfoncer dans le macadam ou les pavés pour qu’on les voit le moins possible, pour ne pas se voir eux-mêmes, d’autres occupent le centre d’un trottoir pour qu’on se trébuche dedans, quelques-uns ont quelque chose à nous donner en échange… un peu de musique, ils sont debout et en mouvement, assis, écroulés, fatigués, habitués, usés, tordus…

Des femmes, des hommes, des enfants, des familles s’usent d’user leur vie juste pour survivre !

 

Combien de rendez-vous ratés pour en arriver là ? Combien de rendez-vous mal organisés pour en arriver là ?

Je ne m’habitue pas.

Alors les questions qui traversent la tête, les questions qui occupent l’esprit et qui paralysent pour un instant, le temps de passer : je donne, je ne donne pas, ce n’est pas la solution de mendier, je ne vais tout de même pas jouer là-dedans car je suis pour des solutions structurelles, pourquoi à celle-là plutôt qu’à celui-là, ça ne va pas l’aider vraiment, et si je parlais avec lui plutôt, oui mais est-ce un vrai SDF ou est-ce que je me fais rouler, il va aller les boire et si je donnais les biscuits que j’ai dans mon sac… et puis zut, il faut que je m’habitue à passer sans les voir, ou en faisant juste un sourire, ou en ayant le regard vide pour ne pas me laisser accrocher par le leur…

Et puis je donne à celle-ci, à celui-là… parce que le regard est plus attendrissant, parce que je suis faible et moins politique dans ma tête aujourd’hui, parce que je sens de la monnaie dans ma poche et que le geste est presque machinal, parce que j’ai besoin de compenser mon mal à ma société, parce qu’aujourd’hui je suis triste ou heureuse, parce que, parce que, parce…

Et la masse autour par laquelle on se sent regardé… quand on donne, pas quand on passe !

Et ces invisibles trop visibles, ces visibles trop invisibles… ne sont que la pointe d’iceberg d’un appauvrissement poussé dans ses retranchements, un appauvrissement qui existe derrière bien des façades, dans des buildings, des caravanes, squats, maisons de repos, et autres lieux de vie.

Parce que la privation matérielle et immatérielle gagne, parce que l’accès aux droits de base que sont simplement manger, se loger, se mobiliser, se soigner, se cultiver ne sont plus garantis à tous, sont de moins en moins garantis à tous…

La pauvreté, l’appauvrissement ne sont pas le fruit du hasard. Le pillage des ressources matérielles, immatérielles et naturelles de tous/pour tous/par tous au profit de l’enrichissement de certains est le scandale de notre époque. Nous ne pouvons le supporter et le faire supporter par certainsLe monde des politiques et décideurs fait son métier, du mieux au plus mal, du moins mauvais au plus mauvais ! Mais il ne faut pas le laisser seul à la barre, nous devons nous en mêler.

Nous, ceux qui faisons encore partie des plus forts des plus faibles, nous nous devons de réagir, d’agir, de nous positionner, de sortir de l’atomisation, de la neutralisation, du rien n’est possible.

Le capitalisme broyeur est arrivé à faire accepter, à ce que soit intégré comme un fait inéluctable, que des humains soient réduits à une mécanique productrice uniquement, sans autre aspiration ! Cela, au profit de ceux dont « l’enrichissement assisté » constitue l’intelligence assassine ultime.

Ce baxter d’assistance qui alimente les enrichis est rempli de l’usure des femmes et des hommes appauvris !              

Ce qui pourrait tout de même peut-être devenir ennuyeux, embêtant, pour ces « enrichis assistés », c’est de devoir vivre de plus en plus exclusivement entre eux, progressivement parqués dans des réserves en or pour enrichis ! Dixit un enrichi !!!!

Dans une société organisée comme la nôtre, comme celles des pays développés en Europe, le cynisme va jusqu’au détournement de l’action sociale, socio-culturelle et culturelle en faveur de la paix sociale par l’encadrement du peuple d’en bas. Progressivement, ce vaste secteur que j’affectionne pourtant particulièrement, a été reconfiguré pour devenir un maillon de la chaîne à remplir ces « baxters » avec l’usure du peuple. De plus en plus de professionnels accompagnent, aident, soignent, animent, secouent, sanctionnent, conseillent, orientent, éjectent, mobilisent, activent la masse croissante en état de privations accrues ; certains professionnels eux-mêmes atteints par la précarisation tout en remplissant de telles fonctions.

Il n’y va pas de la responsabilité individuelle des travailleurs, mais bien d’un système mis en œuvre.

Et pourtant, ne pas se dire que rien n’est possible, ne pas se sentir muselé, décider de se donner du temps pour faire de la Politique.

Et pourtant s’en mêler, se mêler de l’organisation de la société, se mêler de la vie des autres, se mêler de sa propre vie.

J’invite les membres des associations, les travailleurs, les personnes, à rejoindre un mouvement, une structure engagée de leur choix pour y aller réfléchir, mettre des idées ensemble, poser des actes, renouer avec la notion de collectif et du bien commun, prendre la parole, inventer des solutions, expérimenter et innover.

Faire démocratie, c’est d’abord (re)politiser.

(Re)politiser : s’intéresser à la vie de la cité, avoir des opinions, sortir de l’atomisation et de la neutralisation, se mêler de la vie collective, de l’organisation collective, comprendre l’histoire sociale, se cultiver, affronter les contradictions, dégager des enjeux et les causes communes.

J’invite à sortir d’urgence d’un activisme plus réparateur qu’émancipateur, pour consacrer dans les associations un maximum de temps en équipe et avec les usagers des associations pour se (re)politiser et agir démocratie. Une action de moins, mais un temps en plus pour : lire la presse ensemble, l’analyser et la critiquer, aborder les questions politiques, réfléchir aux élections à venir, co-construire des réflexions, se forger une opinion et la défendre, pour se préparer à participer à des mouvements plus large, pour combattre la remontée de tous les autoritarismes.

 

Malgré l’usure du peuple d’en bas, l’impertinence de survie qu’il déploie doit conduire à la pertinence politique de nos actes.

Mobilisons et utilisons d’urgence nos intelligences professionnelles avec la même intensité avec laquelle les appauvris solutionnent les questions urgentes quotidiennes grâce à leur intelligence de survie.

Quand le travail des institutions et des associations encadre les appauvris à travers un hyper-contrôle sanctionnant, « l’assistance » initialement conçue comme l’apport de la solidarité collective pour les moments difficiles dans une vie, devient la « prise en charge » de quelqu’un  « supposé passif, non responsable et a priori suspect ».

Solidarisons d’urgence les intelligences !

 

 

Samedi 12 mai 2012.

Christine Mahy

Secrétaire générale du RWLP.

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