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1. Les postulats sur lesquels repose le projet du RWLP :


La lutte contre la pauvreté est une question de justice sociale et d’équité, une question d’accès et d’exercices aux droits, une question de démocratie.

La pauvreté est une injustice criante en Wallonie, en Belgique, en Europe et dans le monde, à une époque où les richesses n’ont jamais été aussi importantes (les richesses matérielles et immatérielles). Toutefois, force est de constater que celles-ci n’ont jamais été autant concentrées dans les mains d’un petit nombre au détriment du plus grand nombre. Lutter contre la pauvreté nécessite donc que les pouvoirs publics s’intéressent aux Richesses et à leurs usages au bénéfice de Tous.

La pauvreté n’est donc pas une fatalité. C’est une conséquence de cet usage inégalitaire de l’accès aux Richesses (matérielles, immatérielles, naturelles) pour Tous. C’est aussi une conséquence du déficit des politiques structurelles ou de l’inadéquation/décalage de celles-ci par rapport à la réalité vécue par les populations. C’est enfin une conséquence du capitalisme débridé conduisant vers une privatisation croissante de services et de biens qui devraient être considérés pourtant comme des biens communs.

Vivre des conditions de pauvreté ou d’appauvrissement dans la longue durée provoque le développement de comportements de survie qui créent des habitudes de vie liées à la privation, à l’ignorance, à l’isolement, au fait de se vivre “à côté du système”. Cela conduit à la désaffiliation progressive et souvent de plus en plus intense. Et finalement se développe ce que d’aucun nomme “la pauvreté générationnelle”. Car la pauvreté générationnelle n’est ni une fatalité, ni génétique… elle s’installe malheureusement insidieusement de façon profonde.

Plus le RWLP rencontre de personnes qui connaissent la pauvreté, la précarité, l’appauvrissement, plus le Réseau constate que les personnes qui connaissent ces situations gèrent activement et quotidiennement leur vie. Elles font le mieux qu’elles peuvent, dans les conditions qu’elles connaissent et avec les Ressources dont elles disposent.

Ces personnes doivent déployer une telle énergie quotidienne pour survivre qu’elles deviennent difficilement mobilisables pour autre chose.

Souvent tout à fait conscientes de leurs limites individuelles, celles-ci sont capables d’identifier leurs faiblesses, d’en parler et de demander à bénéficier d’un soutien pour les dépasser.

Tous les acteurs publics, associatifs, de la société civile, du monde économique, qui organisent, agissent et influencent l’organisation des Ressources, des Richesses ont donc une responsabilité importante afin d’agir au plus vite pour inverser ces mécanismes d’appauvrissement.

Pour résoudre la question de la pauvreté, le RWLP pense qu’il est essentiel de s’intéresser aux Richesses, aux Ressources (matérielles, immatérielles et naturelles), ainsi qu’aux formes de distribution/redistribution et d’accessibilité à celles-ci (par les ressources financières -le revenu du travail ou le revenu de remplacement-, l’organisation des services publics et leur accessibilité, la sécurité sociale, l’organisation de l’accès à la connaissance).

Résoudre la pauvreté demande donc que le bien-être, le bien vivre, la traversée de la vie dans des conditions correctes et dignes permettant d’aller au-delà de la gestion réductrice de la matérialité du quotidien, soient au centre des préoccupations Pour et Avec Tous.

La pauvreté n’est pas “une matière”, ne peut être conçue comme « gérée », et comme développement d’un vaste marché de l’emploi dans le secteur social. C’est avant tout une injustice subie par certains qu’il faut combattre.

Le RWLP souhaite tout mettre en oeuvre, avec d’autres acteurs, pour que la pauvreté disparaisse.

2. Le RWLP estime que l’éradication de la pauvreté :

 

  • repose sur le fait d’augmenter les Ressources des ménages (de façon directe, via les formes d’organisation des services publics, via une gestion de l’économie privée devant participer à la justice redistributive, via une sécurité sociale renforcée), afin qu’ils disposent des moyens pour mener une vie correcte, autonome, de citoyens, de parents en capacité de conduire leurs enfants vers une société de la connaissance et vers la participation active à la production du social.
  • consiste à produire, organiser, reconnaître et répartir équitablement les diverses Richesses-potentialités (et pas la seule richesse du PIB) avec et vers toute la population.
  • c’est considérer la mixité sociale et la diversité comme une ressource productrice de Richesses-potentialités diverses.
  • c’est travailler sur la tension entre le bien-être individuel et la capacité pour chacun de participer à l’organisation de la vie collective, soit d’exercer sa citoyenneté dans l’intérêt du bien-être pour tous.
  • c’est organiser la connaissance et la formation historique et politique sur la question sociale. Il s’agit de démonter la représentation selon laquelle la sécurité sociale -assurance sociale-, l’organisation des services publics, et dans certaines circonstances le besoin d’un accompagnement social seraient des « mises sous baxter » et un assistanat. Ce sont les instruments de la prise en compte équitable de tous les citoyens dans les réalités concrètes qu’ils traversent tout au long de la vie.
  • C’est organiser l’accès à la formation et à la connaissance dès le plus jeune âge et tout au long de la vie pour Tous, dans des contextes non discriminants et naturellement inclusifs.
  • c’est agir simultanément sur les aspects essentiels de la vie que sont : les ressources/revenus, le logement, la santé, la formation/l’enseignement, l’emploi/la participation à la production du social, la culture/l’éducation permanente.
  • C’est reconnaître les processus de “débrouille” des personnes comme des savoir-faire vitaux qui s’imposent à eux, et non comme des disfonctionnements sanctionnables par des dispositifs légaux non adaptés compte tenu de la déficience de ceux-ci (déficience quantitative et/ou inadaptation par rapport aux réalités évolutives sociétales).

 

 

3. Par conséquent, le RWLP cherche à ce que sa contribution permette d’ agir en priorité sur les Ressources des familles et personnes par le biais de quatre leviers :

 

  • l’augmentation des ressources directes : revenu du travail et/ou revenu de remplacement et/ou revenu de la participation à la production du social (diverses formes nouvelles d’investissement sociétal dont le volontariat, l’engagement associatif, … économie informelle ou solidaire), soit concevoir une économie au service des Gens et pas l’inverse.
  • le bénéfice de ressources « différées » via l’organisation des services publics et privés réellement accessibles à tous (en termes de coût, d’accessibilité et de garantie de tenir compte de tous les citoyens dans le cadre des dispositifs mis en place), et une sécurité sociale consolidée et améliorable encore
  • l’accès réel pour tous aux savoirs et à la connaissance
  • la participation dans le cadre d’une pratique de la démocratie concrète et active.

 

Agir de façon directe sur les ressources financières des personnes et familles à faibles revenus aurait une conséquence directe et immédiate sur l’économie, ces ressources étant vouées à la consommation immédiate nécessaire à un bien-être de base.

Ce ne sont pas ces ménages qui « stockent », ni spéculent de quelque manière que ce soit.

Consommateurs directs immédiats, ils sont largement « inclus » dans le fonctionnement socioéconomique actuel.

Assurer aux personnes des revenus de remplacement décents, une sécurité sociale renforcée et l’accès à des services de qualités, ouvre réellement aux personnes les possibilités d’accéder à l’emploi, de participer à la vie collective, d’apporter ce qui est nécessaire au bien-être de leurs enfants.

4. Pour ce faire, Le RWLP pense qu’il faut se saisir de trois aspects essentiels interdépendants (effet de vases communicants) :

 

  • la production des Richesses (du monde privé, du monde public, émanant des populations) et de la répartition équitable de celles-ci. En particulier revoir la fiscalité, s’intéresser à l’impôt juste, s’intéresser de façon active à la production des Richesses (non seulement évaluée en PIB, mais évaluer toutes les formes de Richesse). Dans ce cadre la spéculation devrait être qualifiée de « grave délit »qui appauvrit les personnes, les états et donc spolie les richesses.
  • « réduire le champ de l’intervention sociale palliative » au profit de l’organisation de Politiques Structurelles résolument Sociales (soit organisées au profit de tous), dans le cadre d’une relation partenariale contractuelle saine entre le monde associatif et le service public.
  • organiser immédiatement le « rattrapage social » pour les personnes et familles victimes de ce qui a engendré leur état de pauvreté ayant parfois conduit jusqu’à la pauvreté dite “générationnelle”. L’organisation du champ de l’action sociale directe sous différentes formes devrait progressivement se réduire au profit du petit pourcentage de personnes qui connaîtront des difficultés dans lesquelles elles devront durablement être accompagnées.

 


Moins les politiques structurelles seront construites au profit de tous, et moins elles seront financées et distribuées dans un esprit d’équité, plus l’état d’assistance se développera et plus il faudra financer le champ de l’intervention sociale.

Plus les politiques structurelles rempliront leur rôle au profit de tous, plus les savoir-faire et compétences surinvesties actuellement dans le travail social palliatif pourront être utilement organisées et utilisées dans le cadre des politiques structurelles publiques, d’actions associatives participatives/collectives et de bien-être, plus la cohésion sociale sera naturelle et ne devra plus être (re)créée « artificiellement ».

Paradoxalement, l’état social actif produit la pauvreté, l’accès à l’emploi dans n’importe condition réduit le champ des possibles des familles. Par contre le renforcement de la sécurité sociale et des revenus de remplacement augmentent les possibilités de se construire et d’aller vers une inclusion active, soit durable, participative et de qualité.

5. Pour le RWLP, la participation n’est pas une fin en soi, mais un élément central de conquête de la justice sociale et de mise en pratique de la démocratie. Il est donc essentiel de la pratiquer pour :

 

  • (re)mettre la personne au centredes préoccupations de la société, la personne comme sujet et non comme objet de l’organisation de la société.
  • (re)connaître « l’expertise » de la vie des personnes, leurs capacités à nommer des problèmes, à exprimer des limites, à suggérer des pistes de réflexion, à être en capacité de proposer, à pouvoir décider, à pouvoir évaluer, à apporter leurs cultures, à imprimer leur rythme, à passer de la préoccupation individuelle à la préoccupation collective.
  • affirmer la capacité de mobilité sociale, de changement, d’apprentissage pour n’importe quelle personne.
  • pratiquer « normalement » la mixité sociale et culturelle.
  • Reconnaître l’intérêt de la co-construction au sein de laquelle les citoyens sont en capacité d’occuper une place.

 


Pour que la participation ne soit pas factice, elle doit conduire à des résultats concrets :

-          se faire entendre/être entendu par le monde des décideurs (intégrer le débat public par le biais d’une démocratie activement participative).

-          et cela doit se traduire en dispositifs publics concrets (évolution des réglementations, dispositifs décrétaux, etc) et financés (avec les effets concrètement organisés et appliqués sur le terrain).


Ce n’est pas l’état de pauvreté en soi qui légitime la participation, sans quoi nous verserions dans une participation bien pensante, caritative et d’assistance.

C’est la situation d’injustice vécue/ressentie, la non prise en considération comme citoyen à part entière compte tenu de cet « état de pauvreté » et le désir de mobilisation collective pour la combattre qui motivent la participation.

6. Méthodologiquement, le RWLP a agit sur plusieurs champs de façon concomitante. Tous ces champs ne sont pas nécessairement activés en même temps pour les différentes actions menées :

 

 

  • Avec et Dans les mondes associatifs, syndicaux et fédérés :

 

- le champ collectif : le réseau comme lieu de rassemblement, de croisement, de travail ensemble entre associations de terrain qui visent non pas à gérer la pauvreté mais à la faire disparaître.

- le champ de la convergence et du renforcement : par les alliances avec des grands mouvements, autres réseaux, autres fédérations, avec les syndicats sur des éléments forts qui rassemblent.

 

  • Avec et Dans les mondes publics :

 

- le champ de la sphère publique par le politique : la rencontre/dialogue/débat/confrontation avec le monde des décideurs et la mise au travail avec eux.

- le champ de la sphère publique par les administrations : la rencontre/ dialogue/ débat/ confrontation et la (re)connaissance respective, la co-construction de l’évolution de dispositifs publics.

 

  • Avec et Dans les mondes économiques :

 

- le champ de l’économie sociale : déploiement de l’économie sociale, innovation dans la reconnaissance de la participation à la production du social (y compris l’économie informelle ou solidaire).

- le champ des entreprises privées : établissement de relations pour aborder la question de l’économie au service des gens et non l’inverse.

- le champ du débat économique : dans le cadre de collaborations avec des intermédiaires fédérateurs sur la question du développement économique.

 

  • Avec et Dans la population :

 

- le champ de la communication et du dialogue citoyen : via les médias, via des réseaux privilégiés. De façon réactive, de façon pro-active. Ceci pour travailler à la déstigmatisation des populations précarisées, pour collectiviser le débat, pour interpeller, pour mettre au travail la mixité sociale au profit de la lutte contre la pauvreté et au profit de la démocratie.

 

  • Avec et Dans le monde de la formation, de l’éducation permanente, le monde académique :

 

- le champ de la formation : des personnes en situation de pauvreté, des associations, du Réseau lui-même dans le cadre du projet politique de celui-ci, du monde des enseignants (futurs enseignants), du monde des futurs professionnels du social, dans le monde des professionnels du social.

- le champ de la recherche : activée par le RWLP et/ou des associations membres et/ou des partenaires et/ou des acteurs du monde de l’éducation permanente, et/ou des acteurs du monde académique.

7. Suivant les axes prioritaires définis par le RWLP, le travail s’organise de telle façon qu’il puisse influencer l’action publique du niveau local au niveau européen :


En fonction des objectifs, des missions, des actions, des enjeux politiques du moment, le RWLP est en relation avec :

 

  • Des Communes
  • Des Provinces
  • La Région Wallonne et la Communauté Française
  • La Communauté Germanophone
  • Le Gouvernement Fédéral
  • L’ Europe

 

Le travail au plan de la Communauté Française : fait l’objet de concertation avec le Forum Bruxellois de Lutte contre la Pauvreté.

Le travail au plan de la Communauté Germanophone : fera l’objet de concertation avec les Réseaux Germanophones de Lutte contre la Pauvreté.

Le travail aux plans fédéral et européen : fait l’objet d’un travail de concertation avec tous les autres Réseaux de Lutte contre la Pauvreté du pays, au travers du Réseau Belge de Lutte contre la Pauvreté (BAPN), et ce également dans le cadre de relations avec le Réseau Européen de Lutte contre la Pauvreté (EAPN), dont BAPN est membre.

8. Pour tenter d’être un des acteurs qui contribuent à éliminer la pauvreté, le RWLP a défini des axes de travail prioritaires qui s’affinent et se précisent toujours davantage :


Les axes de travail qui agissent sur des politiques structurelles qui organisent directement la vie des gens :

 

  • L’emploi et la formation, la participation à la production du social (y compris dans le cadre de l’économie informelle, économie solidaire).
  • Le logement, « être de quelque part », « habiter un endroit ».
  • La santé préventive et curative (bien-être physique et bien-être mental).
  • La capacité des parents à exercer leur rôle pleinement (vie familiale et vie tournée vers l’extérieur en lien avec la collectivité, autonomie familiale).
  • L’accès à la formation, à la connaissance, l’enseignement (dès le plus jeune âge et tout au long de la vie).
  • La reconnaissance culturelle/processus d’éducation permanente (la mise en valeur et la (re)connaissance des richesses socioculturelles de tous dans la société. Favoriser la société de la diversité).

 

Les axes de travail qui organisent directement la distribution et l’usage des Richesses :

 

  • Les Ressources financières des ménages : revenus directs et revenus indirects via l’organisation des services publics.
  • Le développement de l’économie sociale : réellement redistributive, dans le cadre d’emplois durables et de qualité.
  • Le soutien de la sécurité sociale.
  • La fiscalité et l’impôt juste, la dénonciation de la spéculation.

 

 

Pour chaque axe de travail, une lecture et une analyse seront développées sous l’angle du genre et de la réalité de la société multiculturelle.

Un fonds documentaire à votre disposition

Une collaboration Province de Namur-RWLP et divers partenaires.


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